Jean-Laurent Cassier, doctorant au laboratoire G-SCOP soutiendra sa thèse de doctorat le 15 octobre à Grenoble INP, Site Viallet, Amphi Gosse.
Titre
Argumentation et conception collaborative de produits industriels
Directeurs de thèse
Daniel BRISSAUD, Directeur de thèse, Université de Grenoble
Kristine LUND, Co-encadrante, Université Lyon 2
Guy PRUDHOMME, co-encadrant, Université de Grenoble
Jury :
Emmanuel CAILLAUD, Université de Strasbourg
Benoit EYNARD, Université Technologique de Compiègne
Baruch SWARTZ, Hebrew University of Jerusalem
Daniel BRISSAUD, Université de Grenoble
Kristine LUND, Université Lyon 2
Guy PRUDHOMME, Université de Grenoble
Mots-clés : Conception collaborative – Argumentation - Critère de conception - Raisonnement par analogie - Gestion des Connaissances - Analyse des interactions
Résumé
L’évolution de l’économie mondiale a engendré des mutations qui aujourd’hui définissent de nouveaux enjeux pour les entreprises. La concurrence devient le moteur principal qui pousse les entreprises à se transformer pour survivre. Les entreprises se voient contraintes de réduire les coûts et les délais sans toutefois négliger la qualité des produits. La conception et la mise sur le marché d’un produit fini nécessite la participation d’un grand nombre d’acteurs forcés de collaborer. Associés à l’édification de ces réseaux d’entreprises, l’allongement du cycle de vie des produits, l’accroissement des exigences des consommateurs et le développement des technologies de l’information et de la communication représentent autant de facteurs contribuant au développement du travail collaboratif dans les entreprises. La conception devient ainsi une activité à forte composante humaine dans laquelle les seules dimensions techniques et organisationnelles ne suffisent plus pour comprendre les mécanismes qui régissent le processus de conception. Il faut à présent considérer la conception comme une activité humaine dirigée et structurée par des règles d’ordre sociale et psychologique.
Notre étude s’applique à caractériser le processus argumentatif par lequel des concepteurs de cultures différentes parviennent à élaborer un produit qui satisfasse les contraintes de chacun d’entre eux. Notre approche s‘inspire alors des sciences de l’ingénieur, qui nous apportent les connaissances techniques et contextuelles nécessaires pour comprendre la nature de la tâche des concepteurs, de l’ergonomie cognitive, qui nous fournit des méthodes pour comprendre l’activité des concepteurs, et des théories de l’argumentation constituant un cadre d’interprétation.
Au cours de deux études de cas, menées successivement dans le groupe AB Volvo puis dans l’entreprise GPI, nous analysons comment des concepteurs, porteurs d’expertises différentes, interagissent et argumentent pour faire valoir leur point de vue et élaborer une solution combinant plusieurs technologies. Une analyse descriptive menée conjointement par des chercheurs en linguistique, en sciences cognitives et en mécanique nous permet alors de dresser une typologie des interactions argumentatives. A travers un cycle itératif destiné à homologuer cette typologie en tant que méthode de catégorisation valide, nous mettons à jour un ensemble de mécanismes interactionnels représentant des pistes d’outils d’assistance de l’activité. Un travail de codage des interactions permet ensuite d’obtenir des résultats quantitatifs mettant notamment en exergue le rôle central de l’argumentation en conception, la similarité des profils des acteurs en présence ou encore la prédominance des activités de gestion dans l’activité. Cette première phase de notre travail donne lieu de caractérisation de l’argumentation en tant que composante de l’activité de conception mais les mécanismes qui la régissent demeurent inconnus. Nous entreprenons alors d’élaborer des graphes argumentatifs de l’information dénotée portée par les interactions. Ces graphes sémantiques, destinés à identifier les mécanismes de co-construction de connaissances, nous amènent à identifier des patterns d’interactions argumentatives semblables à ceux que présentent Prudhomme, Pourroy et Lund (2007) dans leurs travaux. L’analyse des graphes met également en avant l’importance du critère d’analogie dans l’activité de conception et sa prédominance sur d’autres critères. Désireux de tester nos résultats dans une situation réelle, nous entreprenons une seconde étude de cas. Cette étude de cas, qui s’est déroulée dans l’entreprise GPI, constitue le second volet de notre travail. Elle affiche une vocation prescriptive devant aboutir à la définition d’un outil ou d’une méthode pour assister l’activité des concepteurs. Après une analyse du contexte et des problématiques de l’entreprise GPI, nous développons et testons un outil collaboratif appelé à répondre aux attentes de l’entreprise tout en vérifiant le poids du raisonnement d’analogie dans la construction collective d’une solution. L’outil implémenté n’est pas intégré aux pratiques des concepteurs, ce qui nous conduit à nous interroger sur les conditions de sa mise en place.